Illustration d’une foire d’art à Somerset House
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CULTURE · ROYAUME-UNI

À Londres, la foire 1-54 fait dialoguer les maîtres de l'art africain et les nouvelles générations

Du 15 au 18 octobre, la foire 1-54 retrouve Somerset House pour sa quatorzième édition londonienne. Consacrée à l'art contemporain d'Afrique et de ses diasporas, elle met cette année en perspective les créations actuelles et l'héritage des artistes modernistes, dans un marché international où la reconnaissance des œuvres africaines continue de se construire.

À Londres, la foire 1-54 Contemporary African Art Fair ouvre ce 15 octobre à Somerset House, avant d'accueillir le grand public du 16 au 18 octobre. Installé dans cet édifice historique au cœur de la capitale britannique, l'événement réunit des galeries qui présentent des œuvres d'artistes africains et issus des diasporas, dans des disciplines et des démarches artistiques très diverses. La peinture, la sculpture, la photographie et les pratiques contemporaines y témoignent d'une création qui ne se laisse enfermer ni dans une esthétique unique ni dans une définition strictement géographique de l'identité africaine.

Créée en 2013 par Touria El Glaoui, la foire tire son nom d'une formule devenue sa signature : un continent, 54 pays. Son ambition est de donner une visibilité internationale à l'art contemporain africain et aux artistes dont les parcours traversent plusieurs espaces culturels. Cette présence à Londres répond à une réalité du monde de l'art : la circulation des œuvres, leur exposition et leur accès aux collectionneurs dépendent largement des réseaux de galeries, de commissaires d'exposition et d'institutions culturelles, dont les principaux centres de décision demeurent souvent situés hors du continent africain.

Le modernisme africain retrouve sa place dans le récit artistique

L'une des particularités de cette édition réside dans l'attention accordée aux générations qui ont contribué à renouveler les expressions artistiques africaines au cours du XXe siècle. L'exposition West Wind, conçue par l'historienne de l'art Nancy Dantas, propose un regard sur le modernisme africain et diasporique, rappelant que les pratiques contemporaines s'inscrivent dans des histoires artistiques plus anciennes, longtemps insuffisamment représentées dans les récits dominants de l'art international.

Cette mise en perspective est importante. La création africaine contemporaine est parfois présentée comme une découverte récente du marché occidental, alors que de nombreux artistes ont développé, bien avant l'essor des foires spécialisées, des langages plastiques originaux, nourris de traditions locales, de transformations sociales et de dialogues avec d'autres courants artistiques. En rapprochant différentes générations, la foire invite à considérer ces œuvres non comme les manifestations d'une mode passagère, mais comme les composantes d'une histoire de l'art qui mérite d'être étudiée dans toute sa continuité.

Des expressions artistiques qui dépassent les frontières

La diversité des artistes représentés illustre également les multiples formes que peut prendre cette création. Le Béninois Romuald Hazoumè, présenté par October Gallery, a notamment développé un travail autour des objets récupérés et de leurs transformations en sculptures, interrogeant les rapports entre consommation, mémoire et société. Du côté camerounais, Hervé Yamguen, représenté par AFIKARIS, explore des univers où les formes humaines, animales et végétales se rencontrent, tandis que Sesse Elangwe, associé à 193 Gallery, inscrit sa peinture dans une réflexion sur le portrait, l'identité et les représentations sociales.

Ces démarches ne relèvent pas d'une école commune. Elles montrent au contraire combien la notion d'art africain contemporain recouvre des pratiques singulières, des histoires individuelles et des expériences culturelles parfois très éloignées les unes des autres. Pour les artistes qui vivent ou travaillent entre plusieurs pays, cette diversité s'enrichit encore des circulations entre lieux de formation, espaces de création et territoires d'exposition.

Sculptures et peintures contemporaines dans une galerie. Légende et crédit IA intégrés à l’image.

L'intérêt de la foire réside ainsi autant dans la confrontation de ces univers que dans leur réunion sous une même appellation. Elle offre au public l'occasion de découvrir des œuvres qui parlent de mémoire, de corps, de transformations sociales ou d'expériences personnelles, sans que chacune d'elles soit nécessairement chargée de représenter un pays, une communauté ou l'ensemble du continent africain.

Une visibilité internationale qui appelle un regard attentif

La place croissante accordée aux artistes africains dans les foires internationales constitue une évolution importante de leur visibilité. Elle ne suffit pourtant pas à mesurer les conditions dans lesquelles les créateurs travaillent, produisent et diffusent leurs œuvres. L'accès aux galeries, les coûts de transport, les relations avec les collectionneurs et la présence des institutions culturelles demeurent des éléments déterminants dans la construction d'une carrière artistique.

À Somerset House, la rencontre entre artistes, galeries et publics internationaux donne à voir une partie de cette dynamique. Mais elle rappelle également que le rayonnement d'une création ne dépend pas uniquement de son exposition dans les grandes capitales artistiques. Il se construit aussi dans les ateliers, les écoles d'art, les lieux indépendants et les initiatives culturelles qui accompagnent les artistes sur le continent et au sein des diasporas.

En réunissant les générations et les démarches, cette édition de 1-54 permet donc d'observer une scène artistique dont la richesse ne tient pas seulement à son expansion internationale, mais aussi à la diversité des histoires qu'elle raconte. La question est désormais de savoir comment cette visibilité peut contribuer durablement à renforcer les conditions de création, de diffusion et de reconnaissance des artistes, aussi bien en Afrique qu'au-delà de ses frontières.

Notes et sources

Les principales informations de ce papier reposent sur les documents suivants :

Somerset House — Programme officiel de 1-54 Londres 2026 : dates, lieu, accès et exposition West Wind.

somersethouse.org.uk

October Gallery — Présentation des artistes exposés : participation de Romuald Hazoumè.

Booth S7 & S8

AFIKARIS — Programme de la galerie : présentation de l'édition londonienne et du travail d'Hervé Yamguen.

Galerie d'Art Contemporain Africain à Paris

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Diptyk — Les modernismes africains à 1-54 : contexte historique et artistique de l'édition.

Diptykmag

Artistes africains : une reconnaissance internationale qui pose aussi la question du marché

La présence croissante des artistes africains dans les foires et les grandes institutions culturelles internationales témoigne d'une évolution de leur visibilité. Mais entre reconnaissance artistique, accès aux collectionneurs et développement des marchés sur le continent, les progrès restent inégaux. La foire 1-54 de Londres offre l'occasion d'examiner les mécanismes de cette internationalisation et les questions qu'elle laisse ouvertes.

Une reconnaissance qui ne se mesure pas seulement à la visibilité

L'intérêt croissant des grandes foires, des musées et des collectionneurs pour les artistes africains a contribué à modifier leur place dans les circuits internationaux de l'art. Des œuvres autrefois peu présentes dans certaines institutions occidentales bénéficient désormais d'expositions, de publications et d'une attention commerciale plus soutenue. Cette évolution ne concerne toutefois ni toutes les générations ni tous les territoires de manière uniforme, et la reconnaissance d'un artiste ne saurait se résumer à sa présence dans une foire prestigieuse.

La distinction est importante. Une exposition peut favoriser la découverte d'un travail, attirer l'attention d'un commissaire d'exposition ou ouvrir des perspectives de collaboration. Elle ne garantit ni la vente des œuvres ni la stabilité des revenus de leur auteur. Dans un secteur où la réputation se construit souvent sur plusieurs années, la visibilité constitue une étape, mais elle ne remplace pas les conditions matérielles nécessaires à la poursuite d'une pratique artistique.

La foire 1-54 s'inscrit dans cette évolution en proposant un espace spécialisé de rencontre entre galeries, artistes et acteurs du marché. Son rôle ne consiste pas à représenter toute la création africaine, mais à donner accès à une sélection de démarches artistiques dans un environnement où les relations professionnelles peuvent avoir des conséquences durables sur les carrières.

Les galeries, intermédiaires décisifs mais inégalement dotés

Dans le marché de l'art contemporain, les galeries ne se contentent pas d'exposer des tableaux ou des sculptures. Elles accompagnent souvent la production des œuvres, documentent les parcours, organisent les expositions, entretiennent les relations avec les collectionneurs et contribuent à inscrire les artistes dans des réseaux professionnels. Leur travail peut également favoriser l'entrée d'œuvres dans des collections publiques ou privées.

Discussion dans une galerie d’art contemporain. Légende et crédit IA intégrés à l’image.

Cette fonction explique pourquoi la participation à une foire internationale représente un investissement important. Aux frais liés au stand peuvent s'ajouter le transport des œuvres, les assurances, les déplacements, les formalités douanières et les dépenses de communication. Ces coûts ne pèsent pas de la même manière sur une galerie disposant d'un réseau commercial établi et sur une structure indépendante dont les moyens sont plus limités.

Pour les galeries implantées en Afrique, l'enjeu dépasse donc la possibilité de présenter quelques œuvres à Londres. Il consiste aussi à construire des relations suffisamment solides pour prolonger les échanges après la foire, développer une clientèle et accompagner les artistes dans la durée. Mais il serait réducteur d'opposer systématiquement galeries africaines et galeries européennes : leurs ressources, leurs stratégies et leurs collaborations varient considérablement d'une structure à l'autre.

Quand la valeur commerciale influence la lecture des œuvres

La progression de l'intérêt pour l'art africain soulève également une question culturelle : celle de la manière dont les œuvres sont présentées, interprétées et valorisées. Dans un marché international où les catégories géographiques occupent une place importante, l'expression « art africain contemporain » facilite l'identification d'une scène artistique, mais peut aussi réunir sous une même appellation des pratiques qui n'entretiennent que peu de rapports entre elles.

Certains artistes travaillent sur la mémoire coloniale, les migrations ou les transformations urbaines. D'autres développent des recherches formelles, explorent l'intimité, la spiritualité, les matériaux ou les possibilités propres à leur discipline. Leur appartenance réelle ou supposée à une identité culturelle ne suffit donc pas à expliquer leurs œuvres.

Le risque apparaît lorsque la demande commerciale privilégie certaines représentations considérées comme immédiatement reconnaissables ou attendues. Il ne s'agit pas d'affirmer que les artistes se soumettent à ces attentes, mais de rappeler que la réception d'une œuvre dépend aussi du regard des collectionneurs, des galeristes et des institutions qui la présentent. La reconnaissance internationale gagne en profondeur lorsqu'elle permet aux créateurs d'être appréciés pour la singularité de leur démarche, et non seulement pour leur origine.

Construire des marchés sans dépendre exclusivement des capitales occidentales

L'internationalisation de l'art africain pose enfin la question des infrastructures culturelles sur le continent. La présence d'artistes dans les foires européennes ou américaines peut renforcer leur notoriété, mais elle ne remplace pas l'existence de lieux de création, de formation, de conservation et de diffusion accessibles dans leurs propres environnements professionnels.

Des foires comme ART X Lagos, des institutions muséales, des résidences artistiques et des galeries implantées dans différentes villes africaines participent à la structuration de ces écosystèmes. Leur développement répond à des besoins qui ne sont pas uniquement commerciaux : conserver les œuvres, documenter les trajectoires, former de nouveaux professionnels et permettre aux publics locaux de rencontrer les créations contemporaines.

Les diasporas peuvent également jouer un rôle dans cette circulation, à travers les galeries qu'elles développent, les collections qu'elles constituent, les projets qu'elles soutiennent et les relations qu'elles entretiennent entre plusieurs espaces culturels. Mais cette contribution ne saurait être considérée comme uniforme : elle dépend des moyens, des engagements et des initiatives de chaque acteur.

La véritable portée d'une foire comme 1-54 se mesure ainsi au-delà des quelques journées pendant lesquelles les œuvres sont présentées à Londres. Elle dépend des relations qui se prolongent, des possibilités de création qui s'ouvrent et de la capacité des artistes et de leurs partenaires à inscrire cette reconnaissance dans la durée. Le défi n'est pas seulement que l'art africain soit davantage visible à l'étranger, mais que cette visibilité contribue aussi à renforcer les structures culturelles qui permettent aux artistes de créer, de travailler et d'être reconnus dans leurs propres environnements.

Notes et sources

1-54 Contemporary African Art Fair — fonctionnement de la foire et présentation des galeries.

ART X Lagos — exemple de structuration du marché de l'art contemporain en Afrique.

Art Basel — The Art Market — rapports sur le fonctionnement et l'évolution du marché international de l'art.

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