
IMMIGRATION ET DROITS · CANADA
Le Canada s'apprête à modifier son système de sélection des candidats à l'immigration permanente
À partir du 3 novembre 2026, de nouvelles règles modifieront le classement des travailleurs qualifiés souhaitant obtenir la résidence permanente au Canada. L'expérience professionnelle acquise sur son territoire et certaines offres d'emploi seront davantage valorisées. Pour les candidats africains, déjà installés au Canada ou résidant à l'étranger, cette réforme pourrait changer les perspectives de sélection et les démarches à accomplir.
Le Canada s'apprête à revoir les critères qui déterminent les chances d'obtenir une invitation à présenter une demande de résidence permanente dans le cadre d'Entrée express. À compter du 3 novembre 2026, les travailleurs qualifiés possédant une expérience professionnelle canadienne admissible ou une offre d'emploi dans certaines professions à salaire élevé pourront bénéficier d'un classement plus favorable. Annoncée le 16 octobre par la ministre de l'Immigration, Lena Metlege Diab, cette réforme traduit la volonté d'Ottawa de rapprocher davantage sa politique d'immigration des besoins de son économie.
Pour les candidats originaires d'Afrique, cette évolution appelle une lecture attentive. Un professionnel installé à Montréal depuis plusieurs années, un ingénieur exerçant à Douala ou un cadre camerounais travaillant à Paris ne seront pas nécessairement avantagés de la même manière. Leurs diplômes et leurs compétences pourront être comparables, mais leur expérience professionnelle, le lieu où elle a été acquise et l'existence éventuelle d'une offre d'emploi admissible pèseront différemment dans le nouveau calcul.
À Kitchener, Ottawa affiche sa priorité économique
C'est à Kitchener, dans la province de l'Ontario, que Lena Metlege Diab a présenté, le 16 octobre, les nouvelles orientations d'Entrée express. La ministre canadienne de l'Immigration a replacé cette réforme dans un contexte de concurrence internationale pour attirer les travailleurs qualifiés, en insistant sur la nécessité de sélectionner des profils susceptibles de répondre aux besoins économiques du pays.
« Le Canada recherche des personnes possédant les compétences dont nous avons besoin pour bâtir une économie forte », a-t-elle déclaré dans le communiqué publié à l'issue de cette annonce.
La ministre estime que les nouvelles dispositions permettront de mieux identifier les personnes qualifiées ayant de bonnes perspectives d'intégration professionnelle. Pour le gouvernement, il ne s'agit donc pas seulement d'attirer des candidats possédant des diplômes ou une expérience, mais de mieux apprécier leur capacité à contribuer au marché du travail canadien.
Cette ambition soulève cependant une question pour les candidats qui ont construit leur carrière à l'étranger : comment mesurer équitablement des compétences acquises dans des environnements professionnels différents ? La réforme ne supprime pas la reconnaissance de l'expérience étrangère, mais elle accorde un avantage particulier à certains parcours déjà liés à l'économie canadienne.

Une réforme qui modifie le classement des candidats
Entrée express constitue le principal système canadien de gestion des candidatures à la résidence permanente pour plusieurs catégories de travailleurs qualifiés. Il concerne notamment le Programme des travailleurs qualifiés (fédéral), le Programme des travailleurs de métiers spécialisés (fédéral) et la Catégorie de l'expérience canadienne.
Les candidats admissibles sont évalués au moyen du Système de classement global (SCG), qui attribue des points selon différents critères : âge, formation, compétences linguistiques, expérience professionnelle et autres éléments liés à leur profil. Les personnes les mieux classées peuvent recevoir une invitation à présenter une demande de résidence permanente, selon les critères et les seuils propres aux rondes de sélection.
Dans sa présentation du nouveau dispositif, Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC) indique vouloir renforcer le poids de l'intégration au marché du travail. Ce facteur permettra d'attribuer des points soit au titre de l'expérience professionnelle canadienne admissible, soit au titre d'une offre d'emploi admissible dans une profession à salaire élevé.
Les deux possibilités ne seront pas cumulables. Lorsqu'un candidat répond aux conditions de chacune d'elles, le système retiendra celle qui lui apporte le plus de points.
D'après les modalités publiées par IRCC, ce facteur pourra représenter jusqu'à 150 points pour une personne sans conjoint accompagnant et 140 points pour une personne accompagnée de son conjoint. Une offre d'emploi admissible pourra, quant à elle, rapporter jusqu'à 100 points.
Le changement ne consiste donc pas à accorder indistinctement des points supplémentaires à tous les candidats possédant une promesse d'embauche. Il introduit une différenciation plus marquée selon la nature de l'expérience professionnelle et les caractéristiques de l'emploi proposé.
Les professions à salaire élevé au cœur des nouvelles règles
Pour déterminer les emplois ouvrant droit à des points supplémentaires, le Canada utilisera les données salariales associées à la Classification nationale des professions. Selon IRCC, une profession sera considérée comme appartenant à la catégorie des emplois à salaire élevé lorsque son salaire médian atteindra au moins 1,3 fois le salaire médian de référence de l'ensemble de la main-d'œuvre canadienne.
Trois niveaux ont été définis, correspondant à des seuils de 1,3, 1,5 et deux fois ce salaire médian. Ils permettront d'attribuer des bonifications différentes selon la catégorie professionnelle.
Les candidats justifiant d'au moins douze mois d'expérience canadienne admissible dans ces professions pourront obtenir 20, 40 ou 70 points supplémentaires. Ces points s'ajouteront à ceux déjà attribués pour la durée de leur expérience professionnelle au Canada.
Pour les offres d'emploi admissibles dans les mêmes catégories, les bonifications atteindront respectivement 50, 70 ou 100 points.
Les autorités canadiennes citent notamment les ingénieurs et les électriciens parmi les professionnels susceptibles d'être concernés. Les secteurs de la santé, des technologies, de l'éducation et des métiers spécialisés figurent également parmi les domaines représentés dans les catégories à salaire élevé.
Mais cette classification ne repose pas sur le salaire individuel du candidat. Elle dépend des données de rémunération associées à sa profession, telles qu'elles sont retenues par l'administration canadienne.
Cette précision est importante pour éviter une interprétation trop rapide de la réforme. Un travailleur bien rémunéré ne sera pas nécessairement admissible aux points supplémentaires si sa profession ne figure pas dans les catégories établies par IRCC.
Une simplification administrative qui ne supprime pas les contrôles
L'autre changement majeur concerne les offres d'emploi. À partir du 3 novembre, une évaluation de l'impact sur le marché du travail (EIMT) ne sera plus exigée pour qu'une offre admissible puisse donner droit aux nouveaux points d'Entrée express ou répondre à certaines exigences des programmes fédéraux concernés.
Cette procédure, qui intervient notamment dans l'encadrement du recrutement de travailleurs étrangers, occupait jusqu'ici une place importante dans le traitement de nombreuses offres d'emploi.
Le gouvernement présente sa suppression, dans le cadre précis de cette réforme, comme un moyen d'alléger les formalités pour les candidats et les employeurs.
À Kitchener, Lena Metlege Diab a insisté sur la nécessité de rendre Entrée express plus ciblé et mieux adapté aux besoins du marché du travail. Cette volonté de simplification ne signifie cependant pas que les propositions d'embauche seront acceptées sans vérification.
IRCC précise que ses agents continueront d'examiner l'authenticité des offres, l'existence réelle de l'entreprise, sa capacité à respecter ses engagements et les qualifications du candidat. Les mesures destinées à prévenir les offres fictives et les fausses déclarations seront maintenues.
Pour les candidats qui envisagent de recourir à un intermédiaire de recrutement, cette distinction est essentielle. Une offre d'emploi ne constitue pas une garantie d'immigration, et le versement d'une somme d'argent à un recruteur ne peut assurer ni l'obtention de points ni une invitation à présenter une demande de résidence permanente.
Les candidats africains face à des perspectives différentes
La réforme pourrait avoir des conséquences contrastées pour les ressortissants du Cameroun, du Sénégal, de Côte d'Ivoire, du Nigeria, de République démocratique du Congo, du Maroc et d'autres pays africains.
Un professionnel déjà installé au Canada, disposant d'une expérience admissible dans une profession à salaire élevé, pourrait bénéficier d'une amélioration de son classement. À l'inverse, un candidat possédant des qualifications comparables, mais ayant exercé exclusivement à Douala, Dakar, Abidjan ou Kinshasa, ne pourra pas prétendre aux points liés à l'expérience professionnelle canadienne.
Cette différence ne signifie pas que les candidats résidant en Afrique seront exclus du dispositif. Leurs diplômes, leurs compétences linguistiques et leur expérience professionnelle continueront d'être pris en compte selon les règles applicables. Certains pourront également bénéficier de points supplémentaires s'ils disposent d'une offre d'emploi admissible dans une profession à salaire élevé.
L'enjeu réside donc moins dans une opposition entre candidats présents au Canada et candidats résidant à l'étranger que dans la combinaison des critères retenus pour chaque profil.
Pour un professionnel africain n'ayant jamais travaillé au Canada, la recherche d'une offre d'emploi admissible pourrait prendre davantage d'importance. Mais cette possibilité dépendra de la réalité du recrutement, des qualifications exigées et de la conformité de l'offre aux conditions fixées par IRCC.

En Europe, des parcours entre deux continents
La réforme concerne également les membres des diasporas africaines installés en France, en Belgique ou dans d'autres pays européens, qui envisagent une nouvelle étape de leur parcours professionnel au Canada.
Un ingénieur formé au Cameroun puis employé plusieurs années à Paris, ou un professionnel de santé originaire de République démocratique du Congo exerçant à Bruxelles, peut disposer d'une expérience importante et de qualifications recherchées. Pourtant, cette expérience acquise en Europe ne lui donnera pas automatiquement accès aux points réservés au travail effectué au Canada.
La situation sera différente s'il bénéficie d'une offre d'emploi canadienne admissible dans une profession à salaire élevé. Il pourra alors prétendre aux points correspondants, sous réserve de satisfaire aux exigences du programme.
La réforme fait ainsi apparaître une distinction entre la reconnaissance générale des compétences professionnelles et la valorisation particulière de certains parcours liés au marché du travail canadien.
Cette distinction concerne aussi les candidats déjà présents au Canada. Une personne possédant une expérience professionnelle locale, mais n'ayant pas travaillé dans une profession à salaire élevé, pourra continuer à recevoir des points pour la durée de son expérience admissible, sans bénéficier nécessairement des nouvelles bonifications réservées aux catégories professionnelles concernées.
Il serait donc excessif de considérer que tous les travailleurs étrangers déjà installés au Canada seront automatiquement gagnants. L'effet de la réforme dépendra de la durée de leur expérience, de leur profession et de leur classement global.
Le 3 novembre, les profils existants seront recalculés
Pour les personnes déjà inscrites dans le bassin Entrée express, l'entrée en vigueur des nouvelles règles ne nécessitera pas systématiquement une nouvelle inscription.
IRCC indique que les notes des profils existants seront recalculées automatiquement à partir du 3 novembre. Cette opération pourrait durer jusqu'à deux semaines, période pendant laquelle les rondes d'invitations seront suspendues.
L'administration attire toutefois l'attention des candidats susceptibles de bénéficier de points liés à une offre d'emploi admissible. Ceux-ci doivent vérifier et compléter les informations correspondantes dans leur profil avant l'entrée en vigueur de la réforme.
Cette échéance ne doit pas être confondue avec une date limite générale de candidature à Entrée express. Elle concerne particulièrement les renseignements nécessaires à la prise en compte des offres d'emploi dans le nouveau système.
Le ministère précise également que son formulaire en ligne ne reflétera pas immédiatement toutes les modifications concernant les offres sans EIMT. Des instructions techniques particulières devront donc être suivies par les candidats concernés.
Pour les personnes qui préparent leur dossier depuis l'étranger, la consultation des consignes officielles est d'autant plus importante que les informations diffusées par les cabinets de conseil, les forums ou les réseaux sociaux peuvent être incomplètes ou ne pas correspondre à leur situation.
Entre les ambitions d'Ottawa et les résultats à venir
En présentant la réforme, Lena Metlege Diab a défendu une politique destinée à attirer les travailleurs qualifiés dont les compétences correspondent aux besoins économiques du Canada. Le gouvernement considère qu'une meilleure prise en compte de l'expérience professionnelle locale et de certaines offres d'emploi permettra d'identifier des candidats disposant de perspectives favorables d'intégration.
Cette orientation s'inscrit dans une série de mesures annoncées depuis la fin de l'année 2025, notamment pour les médecins possédant une expérience canadienne et pour plusieurs secteurs professionnels jugés prioritaires.
Elle ne permet toutefois pas de conclure que les candidats bénéficieront tous d'une amélioration de leurs chances d'admission. L'attribution de points supplémentaires ne garantit pas une invitation à présenter une demande de résidence permanente. Les résultats dépendront des seuils de sélection, des catégories retenues et du nombre d'invitations délivrées.
Pour les diasporas africaines, la question est désormais de savoir comment cette nouvelle hiérarchie des critères modifiera concrètement la compétition entre les profils.
Les premières rondes organisées après le recalcul permettront d'apprécier les effets réels de la réforme. Elles montreront notamment si la valorisation accrue de l'expérience canadienne laisse aux candidats formés et employés à l'étranger des possibilités comparables d'accéder à la résidence permanente.
Notes et sources
Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC), communiqué du 16 octobre 2026 : « Le Canada réoriente le système Entrée express vers les travailleurs qualifiés qui stimulent l'économie ». Déclaration de Lena Metlege Diab, ministre de l'Immigration, des Réfugiés et de la Citoyenneté.
Gouvernement du Canada, 16 octobre 2026 : « Modifications apportées en 2026 au barème de points pour l'expérience de travail au Canada et les offres d'emploi dans le cadre du système Entrée express ».
IRCC, 16 octobre 2026 : « Modifications apportées au système Entrée express pour les professions à salaire élevé ».
The Indian Express, 17 octobre 2026 : « Indian doctors, engineers gain edge under Canada's new immigration rules ».
Financial Express, 17 octobre 2026 : « Canada announces major Express Entry changes as high-wage jobs get extra points ».