ÉCONOMIE ET INITIATIVES · GABON
Fonds de la diaspora gabonaise : les promesses d'investissement à l'épreuve des garanties
Présenté en septembre, le projet « Made in Gabon », porté par le collectif PROFIDGA 360, ambitionne de mobiliser l'épargne des Gabonais de l'étranger pour financer des activités économiques au pays. Parallèlement, la Caisse des dépôts et consignations entend développer ses propres instruments d'épargne. Entre ambitions affichées, gouvernance et protection des investisseurs, la question demeure : comment transformer ces initiatives en financements concrets et durables ?
Le gouvernement gabonais s'intéresse à un projet de fonds d'investissement destiné à mobiliser les ressources financières de sa diaspora. Selon les informations publiées le 23 septembre dernier par le média économique Financial Afrik, cette initiative, baptisée « Made in Gabon », est portée par le collectif PROFIDGA 360. Elle vise à associer les Gabonais établis à l'étranger au financement de projets économiques dans leur pays d'origine, alors que les autorités cherchent à diversifier les sources de financement de l'économie nationale.
L'annonce intervient dans un contexte de mobilisation accrue autour de l'épargne. Quelques semaines auparavant, les 2 et 3 septembre, Libreville accueillait le Forum national de l'épargne pour le développement (FONED), au cours duquel la Caisse des dépôts et consignations (CDC) avait présenté ses ambitions en matière de collecte de ressources auprès des résidents et de la diaspora.
Ces démarches répondent à une même préoccupation économique, mais elles relèvent d'acteurs et de mécanismes distincts. Le fonds envisagé par PROFIDGA 360 ne doit notamment pas être confondu avec les instruments d'épargne développés par la CDC. Leur rapprochement met cependant en lumière une question centrale : quelles conditions permettraient de faire de l'épargne des expatriés un véritable levier d'investissement ?

PROFIDGA 360 veut préparer un fonds à partir d'un club d'investisseurs
Avant de constituer son fonds d'investissement, PROFIDGA 360 entend s'appuyer sur une structure de co-investissement dénommée MBIGOO CLUB. D'après la présentation publiée sur son site officiel, le collectif propose à ses membres de participer à des opérations économiques déterminées, chaque investisseur conservant la possibilité de choisir les projets auxquels il souhaite contribuer.
Les promoteurs expliquent que cette organisation doit permettre de réunir des capitaux autour d'opportunités sélectionnées, tout en préparant la mise en place d'un véhicule d'investissement réglementé.
Cette démarche progressive distingue deux étapes qui ne doivent pas être confondues : le fonctionnement d'un club de co-investissement et la constitution d'un fonds soumis à un cadre réglementaire spécifique.
Selon les informations rendues publiques par PROFIDGA 360, les opérations envisagées doivent faire l'objet d'une analyse économique et d'une structuration juridique adaptée. Le collectif met ainsi en avant la possibilité d'associer plusieurs investisseurs à un même projet, sans exiger leur participation systématique à toutes les opérations.
Reste à connaître la traduction financière de ces intentions. Les documents publics consultés ne fournissent pas de bilan consolidé permettant d'établir le nombre d'opérations effectivement financées, les capitaux investis ou les résultats obtenus. Cette limite documentaire ne permet ni de conclure à l'absence de réalisations ni d'en mesurer la portée.
Des professionnels de la finance aux commandes, mais quelles règles de contrôle ?
PROFIDGA 360 présente une équipe dirigeante réunissant plusieurs profils issus de la finance et de l'économie. Sur son site, le collectif identifie notamment Harold Ndong Mezui comme président, Régis Eya'a comme administrateur général et Olivier Alouba comme responsable des investissements.
D'après les fonctions décrites par l'organisation, ce dernier intervient dans l'analyse des opportunités et le suivi des projets retenus. Le collectif présente également Loïc Obame Nkoghe comme un économiste spécialisé dans les questions de développement et de gouvernance.
Ces informations permettent d'identifier les responsables de l'initiative, mais elles ne renseignent pas complètement sur les mécanismes de contrôle auxquels seraient soumis les capitaux confiés au dispositif.
Dans un fonds d'investissement, la gouvernance ne se résume pas à la compétence professionnelle des dirigeants. Elle concerne aussi la répartition des pouvoirs, les procédures de sélection des projets, la prévention des conflits d'intérêts et le contrôle des opérations financières.
Pour les Gabonais résidant à l'étranger, ces questions prennent une importance particulière. Un contributeur installé en France ou au Canada doit pouvoir savoir qui détient juridiquement les sommes investies, qui autorise leur utilisation et dans quelles conditions il pourra récupérer tout ou partie de son capital.
La publication des documents constitutifs, des règles de fonctionnement et des éventuels rapports d'audit constituerait donc un élément déterminant pour apprécier la solidité du mécanisme.
La Caisse des dépôts vise 100 milliards de FCFA sur dix ans
L'initiative de PROFIDGA 360 intervient alors que les institutions gabonaises cherchent elles aussi à mobiliser l'épargne nationale.
Selon l'Agence gabonaise de presse, Assan Césaire Tsinga, directeur de cabinet du ministre délégué auprès du ministre chargé de l'Économie et des Finances, a présenté, lors de la clôture du FONED le 3 septembre, un objectif de collecte d'environ 100 milliards de FCFA sur dix ans à travers les instruments Okira et Okira 24 de la Caisse des dépôts et consignations.
Ces produits doivent permettre de mobiliser des ressources auprès des résidents gabonais et de leurs compatriotes établis à l'étranger, notamment pour soutenir le financement de projets structurants dans le secteur du logement.
L'objectif annoncé représente environ 152 millions d'euros. Il s'agit toutefois d'une ambition de collecte sur une période de dix ans, et non d'un montant déjà réuni ou investi.
Dans un entretien accordé à l'Agence gabonaise de presse, Marius Issa Nkori, administrateur directeur général de la CDC, a également évalué à au moins 100 milliards de FCFA sur cinq à dix ans le potentiel de mobilisation de l'épargne de la diaspora. Il a notamment évoqué une communauté de plus de 85 000 Gabonais établis à l'étranger, dont environ 20 000 actifs susceptibles de contribuer directement à l'économie nationale.
Ces estimations, attribuées au responsable de la CDC, donnent une idée de l'importance que l'institution accorde aux ressources de la diaspora. Elles ne constituent cependant pas une mesure des sommes effectivement disponibles pour l'investissement.
Les transferts destinés à soutenir les familles, financer des études ou couvrir des dépenses de santé ne peuvent être assimilés automatiquement à une épargne mobilisable. Pour les institutions financières, le défi consiste précisément à proposer des produits suffisamment attractifs pour convaincre les expatriés disposant d'une capacité d'investissement.
Expertise France accompagne la structuration de nouveaux produits d'épargne
Le financement du développement par les diasporas fait également l'objet d'un accompagnement international.
Lors du FONED, Aline Jaeglè, représentante d'Expertise France, a présenté le programme DIASDEV, consacré à la mobilisation de l'épargne des diasporas africaines. Selon ses déclarations rapportées par l'Agence gabonaise de presse, ce programme vise à structurer des produits financiers adaptés aux attentes des expatriés, en mettant l'accent sur leur sécurité et leur attractivité.
Financé par l'Agence française de développement et mis en œuvre par Expertise France, DIASDEV accompagne plusieurs Caisses des dépôts et consignations africaines, dont celle du Gabon.
D'après la présentation institutionnelle d'Expertise France, le programme, engagé en 2023 et prévu jusqu'à la fin de 2026, dispose d'une enveloppe de 3 millions d'euros destinée à son déploiement dans les pays concernés.
Ce financement ne correspond pas à un capital d'investissement directement mis à la disposition des entreprises gabonaises. Il concerne l'accompagnement technique et institutionnel nécessaire à la conception et au développement de mécanismes de mobilisation de l'épargne.
L'intervention d'Expertise France souligne néanmoins un enjeu important : pour attirer durablement les capitaux des diasporas, les institutions doivent proposer des instruments dont les conditions financières, les risques et les modalités de fonctionnement sont clairement définis.
La sécurité de l'épargne ne se décrète pas
Le fonctionnement d'un fonds destiné aux expatriés soulève des questions qui dépassent la seule mobilisation des contributions.
Selon la présentation de MBIGOO CLUB publiée par PROFIDGA 360, les membres sont appelés à examiner les opérations proposées avant de décider de leur participation. Cette liberté de choix constitue un principe du dispositif, mais elle ne permet pas, à elle seule, d'apprécier les garanties associées aux investissements.
Celles-ci dépendent notamment de la nature juridique des opérations réalisées. Une participation au capital d'une entreprise expose l'investisseur à l'évolution de sa valeur et à un risque de perte. Un prêt peut prévoir des échéances de remboursement, mais reste soumis à la capacité financière de l'emprunteur.
La question de la liquidité est tout aussi importante. Les contributeurs doivent pouvoir connaître les conditions dans lesquelles ils pourront céder leurs participations ou demander le remboursement des sommes engagées, lorsque cette possibilité est prévue.
À ces considérations s'ajoutent les règles applicables aux opérations financières transfrontalières. Le Gabon appartenant à la Communauté économique et monétaire de l'Afrique centrale (CEMAC), les mouvements de capitaux avec l'étranger sont notamment concernés par la réglementation des changes de la Banque des États de l'Afrique centrale.
Le cadre réglementaire du marché financier régional relève, quant à lui, de la Commission de surveillance du marché financier de l'Afrique centrale (COSUMAF), selon la nature des opérations et des instruments proposés.
La nécessité éventuelle d'un agrément, les obligations d'information des investisseurs et les modalités de conservation des fonds devront donc être appréciées au regard de la structure juridique effectivement retenue.
Un fonds ne peut être considéré comme sécurisé au seul motif qu'il poursuit un objectif de développement national. La protection des investisseurs repose sur des règles, des contrats et des contrôles dont l'existence doit pouvoir être vérifiée.
La dette publique donne une autre dimension au débat
L'intérêt porté à l'épargne de la diaspora intervient également dans un contexte de préoccupations concernant les finances publiques gabonaises.
Dans son article du 23 septembre, Financial Afrik établit un lien entre le projet de fonds « Made in Gabon » et la recherche de nouvelles marges de financement face aux contraintes de la dette.
Cette mise en perspective soulève une interrogation : les ressources collectées auprès de la diaspora seraient-elles exclusivement destinées à financer des entreprises et des activités productives, ou pourraient-elles également contribuer à d'autres besoins de financement ?
Les deux orientations ne sont pas nécessairement incompatibles, mais elles présentent des conséquences différentes pour les investisseurs.
Financer une entreprise, participer à un projet immobilier ou souscrire un instrument de dette publique ne revient pas à prendre le même risque ni à attendre les mêmes résultats.
Pour apprécier l'utilité économique d'un fonds, il importe donc de connaître précisément la destination des capitaux et les conditions de leur emploi.
Les promoteurs de PROFIDGA 360 présentent leur initiative comme un moyen de soutenir des investissements. Les informations publiques examinées ne permettent cependant pas d'établir un portefeuille détaillé de projets financés ni de mesurer leur contribution effective à l'activité économique gabonaise.
Des intentions d'investissement aux premiers résultats mesurables
La multiplication des initiatives témoigne d'un intérêt croissant pour le potentiel financier de la diaspora gabonaise. Mais entre une campagne de mobilisation, un engagement de souscription et un investissement effectivement réalisé, plusieurs étapes doivent être franchies.
Les capitaux doivent d'abord être réunis, puis affectés à des projets suffisamment solides pour permettre leur développement. Les gestionnaires doivent ensuite assurer le suivi des opérations et rendre compte des résultats obtenus.
Dans le cas de PROFIDGA 360, la crédibilité du futur fonds dépendra notamment de sa capacité à présenter des opérations documentées, des montants engagés, des entreprises bénéficiaires et des résultats vérifiables.
Pour les instruments Okira de la CDC, l'enjeu sera de mesurer l'écart entre les objectifs de collecte annoncés et les ressources réellement mobilisées, puis d'identifier les investissements réalisés grâce à ces fonds.
Les deux démarches peuvent répondre à des besoins économiques complémentaires. Elles ne sauraient cependant être évaluées à partir des mêmes annonces, ni bénéficier par assimilation des garanties attachées à des structures différentes.
Au-delà de l'argent, les Gabonais de l'étranger peuvent aussi apporter une expertise professionnelle, des réseaux commerciaux et une connaissance des marchés internationaux. Ces contributions pourraient renforcer l'accompagnement des entreprises locales, à condition de s'inscrire dans des projets économiquement viables.
La question posée par le fonds « Made in Gabon » dépasse ainsi celle de la capacité de mobilisation de la diaspora. Elle concerne la transformation de cette épargne en investissements utiles, la responsabilité de ceux qui la gèrent et les droits de ceux qui acceptent d'y engager leur argent.
Les annonces de septembre ont ouvert une perspective. La prochaine étape sera de pouvoir établir, documents et résultats à l'appui, ce qui a réellement été collecté, investi et produit.
Notes et sources
Financial Afrik — 23 septembre 2026 : présentation du projet « Made in Gabon » et de son contexte économique.
PROFIDGA 360 — Présentation officielle : organisation et responsables du collectif.
PROFIDGA 360 — MBIGOO CLUB : principes du co-investissement et projet de fonds.
Agence gabonaise de presse — 3 septembre 2026 : objectifs de collecte de la CDC.
Agence gabonaise de presse — DIASDEV : présentation du programme et déclarations d'Aline Jaeglè.
Expertise France — Programme DIASDEV : objectifs, financement et partenaires institutionnels.
COSUMAF — Règlement général : cadre réglementaire du marché financier régional.
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